PÊCHE

Par Patrick Therrien*

*L’auteur est guide de pêche

Au lancer ou à la traîne: quelle méthode choisir?

La question ne se résume pas à déterminer si la pêche au lancer est meilleure que la pêche à la traîne ou inversement. En réalité, la véritable interrogation est de savoir quelle approche s’avère la plus rentable en fonction des conditions et des objectifs visés.

Pourquoi opter pour la pêche à la traîne ?
Sous certaines conditions, la traîne se révèle plus efficace. Elle permet de couvrir de vastes zones rapidement, ce qui est idéal pour explorer de grandes structures telles que battures, îles ou pointes. Lorsque vous découvrez un nouveau plan d’eau, il est souvent judicieux de commencer par la traîne afin d’identifier les secteurs prometteurs. Ce processus de prospection facilite l’élimination rapide des zones peu intéressantes et vous permet ensuite de revenir sur les secteurs clés avec une approche plus ciblée.

Magnifique ouananiche trophée capturée à la pêche à traîne.

Pourquoi choisir la pêche au lancer ?

Le lancer offre une précision et une méticulosité incomparables. Cette méthode est particulièrement adaptée pour «travailler» des spots spécifiques, comme une petite pointe sous-marine reliée à une structure ou une zone d’embuscade privilégiée pour les prédateurs, etc. Même si le lancer peut être considéré comme plus plaisant, il ne garantit pas toujours l’efficacité maximale. Par ailleurs, le lancer exige une bonne technique, ce qui n’est pas toujours évident pour les pêcheurs moins expérimentés.

Belle grise capturée à la pêche au lancer (dandinette à la dérive).

Adaptation en fonction des situations
En tant que pêcheur et guide de pêche, j’adapte mon approche selon les conditions météorologiques, les conditions du plan d’eau, le type de structure à pêcher, et l’expérience de mes clients. Il faut comprendre que ma réalité n’est pas la même qu’une personne qui pêche pour le plaisir. Oui, mes clients viennent pour passer une belle journée et avoir du plaisir, mais s’ils paient pour mes services de guide, c’est aussi pour prendre des poissons.

Si le succès de la journée repose uniquement sur les épaules des pêcheurs, notamment en priorisant la pêche au lancer, les moins expérimentés risquent de trouver l’expérience plus difficile, surtout si la technique requise demande un bon niveau de maîtrise pour réussir à déjouer les poissons. À l’inverse, certains préfèrent éviter la pêche à la traîne. Mon rôle est donc de trouver un équilibre pour que tout le monde y trouve son compte.

Si je vous parle de cet aspect, c’est parce qu’un jour, ce sera peut-être à votre tour de «guider» des amis moins expérimentés. Et dans ce cas, il faudra peut-être mettre de côté la pêche au lancer, pourtant idéale dans certaines conditions, pour opter pour la traîne… question d’éviter un «perçage» d’oreille!

Avantages et limites des deux approches :

Pêche à la traîne :

Avantages: permet de couvrir rapidement de grandes superficies et de repérer efficacement les zones à fort potentiel dans des structures étendues.

Limites: moins adaptée dans des zones complexes («inside turns», culs-de-sac), petites structures, dans des eaux peu profondes.

Pêche au lancer :

Avantages: offre une approche précise, idéale pour «travailler» des spots spécifiques et exploiter des zones réduites ou structurées. Idéale pour pêcher en eau peu profonde.

Limites: technique plus exigeante, particulièrement pour les pêcheurs inexpérimentés, et moins efficace pour couvrir de vastes superficies. Pas productif lorsque les poissons sont éparpillés.

Pour explorer des secteurs ou des structures réduites à l’aide du sonar, rien ne peut battre la pêche au lancer.

Exemples pratiques

1- Pêche printanière de la truite grise sur les grands plateaux:

  • Au début du printemps, lorsque le temps est chaud, ensoleillé et qu’un léger vent attire les truites sur de vastes plateaux de sable, la pêche à la traîne s’avère idéale pour couvrir ces grands espaces. Il serait contre-productif de pêcher ces grands plateaux au lancer, cela prendrait beaucoup trop de temps.
  • En revanche, lors d’un printemps tardif où l’eau est plus froide et claire, sans différence marquée entre la température du bassin principal et celle du plateau, les truites se réfugient souvent en profondeur. Dans ces conditions, la traîne permet d’identifier des concentrations de poissons le long des «drops». Si l’action tarde à se concrétiser, une transition vers le lancer peut vraiment changer la donne (pêche verticale). Le leurre demeurant plus longtemps dans la zone d’attaque «strike zone» tout en étant présenté directement devant le poisson, cela maximisera nos chances pour faire réagir un poisson inactif lors de conditions défavorables.

Exemple de zones à exploiter à la traîne (lignes bleus) et au lancer (encerclé en rouge) pour la pêche printanière du touladi sur les grands plateaux.

2- Pêche au doré ou à l’achigan sur une petite île sous-marine :

  • Dans ce scénario, la pêche au lancer serait beaucoup plus appropriée. En pêchant à la traîne, les poissons positionnés dans les flancs de l’île ne monteront pas forcément attaquer votre leurre qui passe plus haut. À ce moment-là, c’est beaucoup plus efficace de faire plusieurs dérives «drifts» en pêchant à la verticale. Vous pourrez ainsi disséquer la structure au complet en la pêchant à toutes les profondeurs. L’idée, c’est de toujours prioriser l’approche qui est la plus adaptée pour pêcher la structure de la façon la plus méthodique possible.

Exemple d’une île sous-marine à explorer à la dandinette en dérive contrôlée (lignes rouges: parcours de dérive) pour la pêche du doré ou de l’achigan.

3- Pêche dans les «inside-turns» ou culs-de-sac:

  • Pour les «inside-turns», non pas que c’est impossible à faire, mais ça devient très difficile de présenter un leurre au bon endroit en le faisant à la traîne dans ce type de structure. En fait, plus vous aurez de ligne de sortie derrière le bateau, plus vous serez éloigné de la zone payante lorsque votre leurre passera devant le site d’embuscade du poisson. Le leurre coupe par le chemin le plus court au lieu de suivre le parcours du bateau.
  • Il est préférable de rester à distance et faire quelques lancers. Vous pourrez ainsi positionner le leurre dans la zone payante à chaque lancer.

Exemple de parcours de pêche à la traîne (lignes bleus) et zone devant être exploitée au lancer (encerclé en rouge) pour mieux explorer un secteur qui se termine en cul-de-sac.

4- Pointe sous-marine accentuée:

  • À l’inverse de la cuvette, une petite pointe sous-marine très accentuée sera impossible à faire de façon efficace à la traîne. Notre leurre qui évolue à une profondeur précise sur la structure, va couper par le chemin le plus court lorsqu’on va effectuer le virage au bout de la pointe pour revenir de l’autre côté. Le leurre va forcément passer par-dessus la pointe à plus faible profondeur. En plus d’être en dehors de la zone payante, votre leurre risque de s’accrocher.

Une pointe très accentuée est très difficile, voire impossible à exploiter convenablement à la traîne (ligne bleue) car le leurre prendra le chemin le plus court lorsque l’embarcation tourne (ligne noire).

  • Si, lors de conditions adverses le poisson se retrouve à plus grande profondeur, à ce moment, comme la dimension de la structure se retrouve en quelque sorte agrandie, vous pouvez toujours le faire à la traîne tout en faisant une boucle au bout de celle-ci pour revenir de l’autre côté. Vous pourrez ainsi faire les deux flancs de façon efficace et cela vous permettra de voir aussi s’il y a des poissons en suspension au bout de la pointe.

Une bonne manière de bien exploiter une pointe accentuée (et la zone plus profonde au bout de celle-ci) consiste à poursuivre sa progression en ligne droite au bout de la pointe, puis d’effectuer une boucle pour revenir passer sur l’autre flanc de la structure (ligne bleue).

5- Pêche à faible profondeur :

  • Si je pêche des structures qui sont dans 5 pi d’eau et moins, je vais forcément faire de la pêche au lancer. Premièrement, je risquerais de cogner mon pied de moteur, ce qui n’est pas souhaitable. Deuxièmement, c’est habituellement moins productif de passer par-dessus nos poissons à faible profondeur.
  • Il y a toutefois des exceptions. Exemple, quand je pêche en début de saison les grands plateaux de sable pour la ouananiche et la truite brune, ça m’arrive fréquemment de pêcher à très faible profondeur à la traîne. Cependant, je laisse très long derrière le bateau, je fais des parcours en «S», et je m’assure de bien connaître le secteur avant de me lancer dans ce genre de projet.
A

Ajoutez le texte de votre infobulle ici

B
Ajoutez le texte de votre infobulle ici

Même s’il est plus excitant prendre un maskinongé au lancer, maîtriser l’approche à la traîne est essentielle pour se donner une meilleure chance de succès comme le démontre l’auteur avec ces deux trophées leurrés au lancer (A) et à la traîne par ses clients (B).

Conclusion
La clé du succès réside dans l’adaptation de votre technique en fonction du terrain, des conditions météorologiques et du comportement des poissons. Plutôt que de privilégier systématiquement l’une ou l’autre approche, il est essentiel d’analyser chaque situation pour déterminer la méthode la plus appropriée. En fin de compte, que vous optiez pour la traîne ou le lancer, l’important est de rester flexible, d’être polyvalent, et de savoir alterner les techniques pour optimiser vos chances de capture.

L’auteur avec un beau doré capturé à la pêche au lancer en rivière à la fin novembre. À ce moment et en raison des conditions météos extrêmes (front froid, eau très haute, vent), la pêche au lancer était la seule technique valable pour bien exploiter le secteur productif situé en plein milieu de la rivière.

Pour ceux qui souhaitent s’améliorer en tant que pêcheur, l’auteur offre différents services de guidage, proposés aussi sous forme de formations, selon l’espèce ciblée.

https://www.guidepatricktherrien.com/guide-peche-truites-memphremagog/
https://www.guidepatricktherrien.com/guide-peche-musky-maskinonge/
https://www.guidepatricktherrien.com/cours-sonar-gps/

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