CHASSE SUR LE VIEUX CONTINENT

Par Antoine Gazai

YANN DUPONT

Pouvoir approcher un grand cerf pendant le brame est le vœu de tout chasseur de grand gibier. Ces approches laissent toujours un souvenir inoubliable.

A la découverte de la chasse
en France métropolitaine

Pays rural par excellence depuis la nuit des temps, la chasse a fortement évolué depuis la révolution française. Après l’abrogation des privilèges de la noblesse, la chasse s’était un temps démocratisée. Puis les différents rebondissements politiques du 19e siècle entre la création du Premier Empire, les différentes restaurations de la royauté, puis une seconde république et enfin un Second Empire, n’ont pas permis d’apprécier cette démocratisation de la chasse qui a véritablement vu le jour qu’à la seconde partie du 19e siècle. Le magnifique ouvrage du grand Marcel Pagnol avec son livre la Gloire de mon Père en est la digne représentation.

À cette époque dans nos villages, les fermes étaient nombreuses et le paysan pratiquait une agriculture de subsistance en travaillant la terre avec des bœufs ou des chevaux. En règle générale, le monde rural s’autoalimentait et les ouvriers possédaient tous des clapiers à lapins dans le jardin. La chasse était alors une manière de pouvoir récupérer un peu de viande tout en ayant un loisir alors peu nombreux à l’époque. On fabriquait soi-même ses cartouches au coin du feu!

Le petit gibier était alors très présent partout et les parcelles de terre de faible dimension. Le lapin de garenne (Oryctolagus cuniculus) était abondant et dans certains secteurs, c’était même un véritable fléau. On le chassait alors soit avec des petits chiens courants soit avec des ratiers, sans oublier le furetage au moyen d’un furet. Il n’était alors pas rare de prélever 10 à 15 lapins dans un seul dimanche pour deux ou trois chasseurs. C’était alors le gibier de base de la Chasse française!

Dans toutes les fermes, les fusils de chasse à chiens, trônaient au-dessus de la cheminée et l’ouverture de la chasse était prisée par tous les paysans. De nos jours, la situation n’est plus du tout la même, les petites fermes ont disparu au profit de grosses exploitations agricoles et le chef d’exploitation n’a souvent plus le temps ou tout simplement pas d’intérêt à aller à la chasse.

La fin du lapin de garenne​

Notre brave lapin de garenne a permis à des générations de nos compatriotes, du monde rural, de pouvoir avoir de la viande et même pendant l’occupation allemande alors que la chasse était interdite, on capturait le lagomorphe au moyen de collets.

L’année 1952 sera l’année terrible quand un triste personnage et je pèse mes mots, le professeur  Armand Delille qui possédait une propriété dans l’Eure et Loir à Maillebois, eut la triste idée d’inoculer à des lapins le virus de la myxomatose et de les relâcher pensant se défaire des indésirables qui occupaient son domaine entouré de murs. Ce fût la première guerre bactériologique contre une espèce vivante. Le virus se propagea partout et en quelques mois ce fût l’hécatombe en France puis au-delà de nos frontières en Europe. Des millions de nos compatriotes virent leurs lapins mourir dans les clapiers!

Le lapin de garenne a pratiquement été exterminé en raison d’un virus inoculé aux populations sauvages.

Pour les chasseurs ce fut un véritable désastre et pendant plusieurs décennies, on a comblé ce manque de gibier par d’importants lâchers d’oiseaux de tir dont des faisans. Depuis des études ont permis de comprendre le mode de propagation de ce virus via les puces et les moustiques notamment par des études de l’Office national de la Chasse.

Le chasseur français se tourne vers le grand gibier

Hormis dans les grandes forêts domaniales appartenant à l’État issues des domaines de la Couronne ou en zone de montagne, le grand gibier dans les années 60/70 n’était pas en grande densité et dans une société de chasse ou un domaine privé, on était content quand un sanglier était tué.

Afin de restructurer la chasse française, plusieurs mesures importantes ont vu le jour notamment en 1964 à partir de la loi Verdeille, du nom de son instigateur le sénateur Verdeille, puis de la création du plan de chasse pour le grand gibier comme les chevreuils, cerfs, mouflons, chamois, isards (chamois des Pyrénées) et daims.

La chasse des chamois, des isards des Pyrénées voire des mouflons se pratique en zone de montagne à l’approche.

L’évolution des structures agricoles a également eu un impact très important sur la faune avec l’augmentation des surfaces agricoles par exploitation et l’arrivée de la culture intensive du maïs.

Les espèces cerf, chevreuil et surtout sanglier, ont alors rapidement vu leurs effectifs augmenter alors que celui des chasseurs baisser. Le sanglier a été l’espèce qui a le mieux réagi aux différentes mesures de gestion et on peut penser en plus que les hivers doux que nous avons depuis des années, lui sont favorables. La bête noire est alors devenue le grand gibier préféré d’une majorité de chasseurs.

Le sanglier est devenu un gibier de passion, mais sa prolifération n’est pas sans poser des problèmes que nous ne manquerons pas d’évoquer dans un prochain article.

À titre d’exemple, pour la saison 2022-2023, les prélèvements ont été les suivants :

Cerf 81 758 (augmentation de 8,4 % ), chevreuil 611 355, sanglier 789 816 (on est repassé sous la barre des 800 000), chamois 12 771, isard 2784, mouflon 2751, daim 1215 et cerf sika 86.

Une espèce comme le chevreuil (Capreolus capreolus) a même vu son éthologie se modifier avec un comportement complètement différent en colonisant les plaines, d’où l’expression de chevreuil de plaine!

Plus de 81 758 cerfs ont été récoltés en 2022-2023 en France.

Parallèlement à ces chiffres il faut savoir que le nombre de chasseurs est d’environ 1 million  de pratiquants. L’âge moyen dépasse désormais les 54 ans et le nombre de femmes pratiquant la chasse a légèrement augmenté avec plus de 31 000 pratiquantes ce qui est de bon augure.

Le nombre de femmes pratiquant ce noble art est en nette augmentation en France.

Mot de la fin

Si la chasse au grand gibier a pris une place prépondérante en France, il n’en demeure pas moins que d’autres modes de chasse existent et sont pratiqués chaque année par bon nombre de passionnés. Dans les prochains articles, nous vous ferons découvrir la chasse au petit gibier sédentaire, la chasse des migrateurs comme la bécasse au chien d’arrêt ou bien les chasses dites traditionnelles comme la hutte ou la palombière au moyen d’appelants vivants.

Vous pourrez également découvrir la grande ou la petite vénerie sans oublier la vénerie sous terre. Nous vous ferons aussi découvrir les passionnés de chasse à l’approche au cerf au moment du brame, au brocard (mâle du chevreuil) dans le rut  sans oublier les chasses dites de montagne au chamois, à l’isard ou bien au mouflon.

La chasse à la sauvagine est aussi pratiquée en France et il en sera question dans de futurs articles.

À savoir pour chasser en France

En France, la validation du permis de chasser est annuelle, elle est soit départementale soit nationale. Cette validation permet de chasser sur tout le territoire national et le chasseur pour pratiquer se doit de trouver un ou plusieurs territoires selon ses désirs. Pour un chasseur étranger désirant venir pratiquer en France, il existe une procédure administrative.

De plus, selon ses moyens financiers, le chasseur français peut prélever la quantité de grand gibier qu’il souhaite soit sur des chasses privées, des chasses communales ou domaniales. Ces prélèvements ne peuvent se faire sur les territoires ouverts qu’en fonction de l’attribution annuelle édictée par l’administration. Le chasseur est alors adhérent à une fédération départementale des chasseurs (FDC) dont le rôle est primordial pour la gestion des territoires et de la faune.

De plus, ce sont les FDC qui règlent chaque année les importantes sommes dues au titre des dégâts de grand gibier à l’exploitant agricole sur ses terres où ils ont été commis. Selon les années, le montant de ces indemnisations peut atteindre 60 millions d’euros. Elles sont versées aux agriculteurs à condition toutefois que les dégâts soient faits par des animaux qui ne proviennent pas du fond du demandeur.

Jacques Normandin

Les battues au grand gibier se pratiquent soit avec des chiens courants soit avec des chiens de petit pied comme les fox terriers, les jagdterriers voire des chiens d’arrêt.

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