CARPE
COMMUNE
Par Alain Cossette
Une pêche en toute simplicité!
Traditionnellement cette espèce était mieux connue sous le nom de carpe allemande, mais dans les faits c’est le nom de carpe commune qu’on doit utiliser pour se référer à cette représentante de la famille des cyprinidés. Il faut savoir que cette espèce a été introduite en Amérique du Nord par l’homme à partir de spécimens en provenance de l’Allemagne dans les années 1870. Le but de son introduction était d’en faire de l’élevage et pour la pêche sportive en eau douce. Au Québec c’est une espèce qui était peu prisée et peu recherchée de la part des pêcheurs; mais l’engouement pour cette pêche est en progression depuis les dernières années. Quant à moi j’ai toujours été fasciné par cette dernière.
LA PÊCHE COMMERCIALE
À titre d’information, sachez qu’en 2000 il s’est capturé 47 tonnes de carpes communes à la pêche commerciale et cela majoritairement dans le Lac Saint-Pierre.
Qu’en est-il de la biologie qui touche cette espèce?
Contrairement aux carpes asiatiques, la carpe commune possède 4 barbillons à la base de sa bouche qui est protractile. Ce type de bouche lui permet de s’agrandir et de s’allonger vers l’avant pour capturer et absorber ses proies. Pour s’alimenter elle fouille le fond à l’aide de ses barbillons afin d’y trouver des insectes, des vers, des mollusques, des crustacés, des œufs de poissons, des poissons, des plantes, des graines, des plantes immergées et des algues. En fouillant la vase elles font augmenter la turbidité de l’eau. Quant à ses prédateurs ils sont principalement l’homme, le cormoran et les carnassiers tels que le brochet et le maskinongé.
Cette espèce se retrouve au Québec depuis plus de 100 ans et elle est considérée comme naturalisée. Pour ce qui est de sa longueur elle peut atteindre 1,2 m et un poids de 37 kg; la moyenne est de 38 à 45 cm. Le spécimen record pour cette espèce aurait été capturé par un pêcheur anglais, monsieur Colin Smith, dans l’étang de Saussaie le 23 avril 2013. Je suis convaincu que vous avez hâte de prendre connaissance du poids de la bibitte…45,5 kg (100,8 lb).
C’est un pêcheur anglais du nom de Colin Smith qui serait détenteur du record du monde pour une carpe commune avec un poids de 45,5 Kg (100,8 lb).
Crédit : Colinmaire.net
La coloration peut varier du brun, jaune à doré et même de l’orangée en période de fraie. Elle possède une nageoire dorsale qui compose une grande partie de son dos.
Mes premiers contacts
Une des rares fois que mon père est venu en chaloupe sur le fleuve avec moi alors que j’avais 10 ans est arrivée ce moment magique qu’a été ma première rencontre officielle avec une carpe commune. Mon père conduisait le bateau et alors que nous étions rendus plus proches de la voie maritime une carpe est sortie de l’eau à quelques pieds de l’embarcation… Ce fût la plus grosse jamais vu; elle faisait bien plus que les 30 lb, comparée à celles que j’ai eu la chance de récolter par la suite. Mon père n’a pas dit un mot et il a pris la direction de la terre ferme; il n’en a jamais reparlé et je soupçonne qu’il a eu peur. Quant à moi ce fût un moment marquant et cet événement est arrivé il y a plus de 50 ans.
Vers l’âge de 11 ans, étant plus autonome, je me rendais en chaloupe à l’Île aux Sternes qui est une réserve écologique depuis 1981 sous le nom de Réserve écologique Marcel Léger. Cette île fait 35,5 hectares. Cette dernière a la particularité d’être une île qui a été formée artificiellement puisque c’est en raison des dépôts du dragage du bassin d’évitement de Port Saint-François qu’elle a vu le jour. Je me permets de mentionner que cela n’a pas fait la faveur des riverains de la rive nord dans les années 60 et encore plus lorsque les arbres l’ont colonisé. Il y avait une baie à l’époque et puisque l’eau était peu profonde il y avait aussi beaucoup de joncs. Et devinez quoi? Et oui je voyais ces poissons passer près de la chaloupe ou le bout de la queue sortir de l’eau car les carpes y frayaient mais je n’étais toujours pas capable d’en capturer à la pêche traditionnelle. Même un ami de mon père passait son temps à rire de moi et de mes supposées visions de monstres d’eau douce que je voyais.
Ce n’est pas d’hier que l’auteur pêche la carpe. On le voit ici qui pose avec ses filles alors qu’elles étaient encore toutes jeunes.
Un jour, alors que j’avais 16 ans je me suis acheté un arc Bear et un système de tambour muni d’un fil auquel est accroché une flèche en fibre de verre adaptée pour la pêche et qui pouvait retenir le poisson capturé. À cette époque est arrivée la nouveauté d’acheter un permis spécifique afin de pouvoir pêcher à l’aide d’un arc; cela n’a pas perduré dans le temps et par la suite le principe de la pêche à l’arc a été inclus dans le permis de pêche provincial. J’allais enfin pouvoir récolter une carpe commune. Mais non! Ma première récolte à l’aide d’une flèche a été un poisson castor (amia calva); que j’ai naturalisé moi-même et que j’ai par la suite donné à la Fondation Héritage Faune.
Le grand jour est finalement arrivé et j’ai réussi à mettre la main sur une carpe de plus de 30 lb, mais non aussi facilement qu’anticipé. Lorsque j’ai décoché la flèche sur la carpe qui se trouvait tout juste à côté de l’embarcation et en raison de la faible tension de ce type d’arc, la flèche a rebondi sur le crâne de cette dernière et elle est revenue vers moi; j’ai été chanceux car elle est passée juste à côté de moi. Après avoir réalisé ce qui c’était passé j’ai vu ma première carpe qui flottait sur l’eau en tournant en rond. Je l’ai alors ramassé avec le filet et j’ai constaté qu’il y avait une petite lamproie accrochée sur son flanc. J’avais finalement réussi à capturer cette espèce et elle aussi je l’ai naturalisée. Mon rêve est devenu réalité, mais pas complétement car je voulais toujours me mesurer à une carpe commune avec une canne à pêche. Plus tard vous allez constater que j’ai comblé ce désir autant au Québec qu’en France.
Yvon Courchesne avec une carpe cuir capturée à l’arc au Québec à Gentilly.
La pêche à la ligne en toute simplicité
Au début des années 80 j’ai finalement trouvé une technique simple pour capturer des individus de cette espèce de manière régulière à la pêche au lancer léger. Que de plaisirs les carpes m’ont donnés dans le temps et j’avoue leur en être très reconnaissant. La majorité de la pêche se fait avec un montage posé sur le fond puisque la carpe commune se nourrit principalement en fouillant le substrat. C’est en pêchant l’esturgeon que j’ai découvert que les représentants de ces deux espèces n’aiment pas sentir de la résistance sur le fil et que l’appât se doit d’être à l’arrière de la pesée. Quant à moi une canne standard fera l’affaire mais il existe des cannes adaptées pour la carpe qui sont plus longues variant de 3 m (10 pi) à 3,90 m (13 pi). Le fil doit pouvoir glisser sans que le poisson sente la résistance qui pourrait venir du poids de la pesée (voir la photo ci-contre). C’est à partir de ce moment-là que j’ai utilisé des plombs œufs et des poids plus gros lorsque je pêche dans des régions à marées qui sont ainsi soumises à du courant. J’utilise un petit hameçon sur lequel j’enfile un vers de terre au complet. Pour ce qui est du fil de pêche je suis du type monofilament de 8 ou 10 lb test et de 6 ou 8 lb pour le bas de ligne qui est attaché à l’émérillon. J’aime le fil de pêche de couleur jaune car on perçoit plus facilement les moindres petits mouvements. Une fois ferrée cette espèce se déplace avec puissance et n’hésite pas à sauter hors de l’eau.
Au début des années 80 j’ai finalement trouvé une technique simple pour capturer des individus de cette espèce de manière régulière à la pêche au lancer léger. Que de plaisirs les carpes m’ont donnés dans le temps et j’avoue leur en être très reconnaissant. La majorité de la pêche se fait avec un montage posé sur le fond puisque la carpe commune se nourrit principalement en fouillant le substrat. C’est en pêchant l’esturgeon que j’ai découvert que les représentants de ces deux espèces n’aiment pas sentir de la résistance sur le fil et que l’appât se doit d’être à l’arrière de la pesée. Quant à moi une canne standard fera l’affaire mais il existe des cannes adaptées pour la carpe qui sont plus longues variant de 3 m (10 pi) à 3,90 m (13 pi). Le fil doit pouvoir glisser sans que le poisson sente la résistance qui pourrait venir du poids de la pesée (voir la photo ci-dessous). C’est à partir de ce moment-là que j’ai utilisé des plombs œufs et des poids plus gros lorsque je pêche dans des régions à marées qui sont ainsi soumises à du courant. J’utilise un petit hameçon sur lequel j’enfile un vers de terre au complet. Pour ce qui est du fil de pêche je suis du type monofilament de 8 ou 10 lb test et de 6 ou 8 lb pour le bas de ligne qui est attaché à l’émérillon. J’aime le fil de pêche de couleur jaune car on perçoit plus facilement les moindres petits mouvements. Une fois ferrée cette espèce se déplace avec puissance et n’hésite pas à sauter hors de l’eau.
Montage coulissant utilisé par l’auteur pour pêcher la carpe.
J’aime installer ma canne à pêche afin que cette dernière soit parallèle au sol et je mets le moulinet au minimum de sa tension; mais sachez qu’il existe des supports adaptés pour une telle pêche ainsi que des moulinets débrayables. À l’époque je mettais des clochettes sur le bout de la canne afin d’être averti de tout mouvement suspect. Par contre depuis que je l’ai pêché en France je me suis acheté les détecteurs de touches que l’on installe sur le fil. C’est très pratique et efficace car on ne sait jamais quand le poisson se décide à mordre. Une fois que la carpe part avec le fil je serre la tension lorsque cette dernière interrompt son trajet ou diminue sa vitesse et je ferre très fort lorsque je sens qu’elle veut repartir. Dites-vous que vous ne ferrerez jamais assez fort et en plus c’est du monofilament et non pas du fil tressé. Il est important d’avoir une épuisette de bonne dimension et si vous le pouvez munissez-vous d’un tapis de réception. J’ai une préférence pour le monofilament mais sachez que le fil tressé fera très bien l’affaire.
L’auteur aime bien utiliser des détecteurs de touches spécialement conçus pour la pêche à la carpe.
J’ai pêché la carpe commune dans le fleuve Saint-Laurent ou en rivière à partir de Québec jusque dans la région de Montréal. Par contre l’endroit que j’ai exploité le plus était au chalet de ma mère à Batiscan. J’ai eu la chance de capturer de beaux spécimens variant de 5 à 35 lb. Je me souviens encore de la fois où ma fille Anaïs a réussi à sortir sa première carpe. Elle était toute jeune et au départ elle n’avait pas la force pour tourner la manivelle du moulinet. Voyant cela, sa sœur Emma sa cadette de 3 ans essayait de récupérer sa canne. J’ai alors invité Anaïs à s’asseoir et mettre le bas de sa canne dans un trou de bloc de béton; ce qu’elle a fait. Par la suite je l’ai invitée à descendre sa canne vers le bas en moulinant le fils qu’elle pouvait et de procéder ainsi en continu. Après un certain temps sa belle carpe a été puisée et nous l’avons prise en photo. Anaïs a à son actif un spécimen de 28 lb, alors que Emma a un spécimen de 32 lb. La moyenne de poids des poissons capturés est d’environ 8 à 20 lb.
Ajoutez le texte de votre infobulle ici
A-La fille de l’auteur, Anaïs, avec sa carpe d’un poids de 28 lb. B- L’auteur à droite, sa mère à gauche et sa fille Emma au centre avec sa carpe de 32 lb.
Sachez que c’est un poisson méfiant et vous devez agir avec discrétion. Vous vous devez de tenter votre chance avec cette technique et on ne sait jamais, vous pourriez devenir de vrai carpistes avec le temps si vous attrapez la piqûre! Je profite de l’occasion pour vous mentionner qu’il existe une communauté de carpistes au Québec et en accédant à leur site internet vous pourrez en apprendre davantage; www.carpequebec.com. L’Association des Carpistes du Québec (L’A.C.Q) a un site Facebook qui vaut la peine d’accéder et le but est de faire la promotion de la pêche au Québec de façon durable et en ayant toujours en tête la protection de cette espèce.
La prospection est-elle nécessaire?
La carpe commune préfère les endroits peu profonds où il y a une abondance de végétation aquatique. Les sites qu’elle fréquente régulièrement sont des endroits à privilégier pour réussir à en capturer; il faut être patient. Elles sont communes un peu partout dans leur corridor habituel. Lorsqu’elles marsouinent ou sautent en surface ou complètement en dehors de l’eau c’est un site à tenter sa chance surtout en mai et en juin lorsqu’elles sont en mode de reproduction. Les pêcheurs réguliers vont jusqu’à amorcer (appâter) des sites afin d’y revenir pour les pêcher. La pêche est bonne jusqu’à l’automne mais peut être plus dure à pratiquer lorsque la végétation devient plus abondante; il faut choisir ses sites de pêche.
Il est bon de savoir que cette espèce cesse de s’alimenter lorsque la température de l’eau atteint les 5°C et c’est à ce moment qu’elle se réfugie dans les profondeurs où elle reste immobile.
LA PÊCHE EN FRANCE
En plus d’avoir capturé de la carpe commune, j’ai eu la chance d’avoir croisé sur mon chemin en France une carpe miroir et une carpe cuir. Ces 2 carpes sont des sous-espèces issues de l’élevage de la carpe commune. Ces dernières sont moins effilées que la carpe commune et en grandissant elles deviennent plus rondes qu’allongées. La carpe miroir est partiellement recouverte de grosses écailles alors que la carpe cuir est entièrement dénuée d’écailles. Je sais qu’au Québec et en Ontario il y a quelques spécimens qui peuvent être capturés mais c’est très rare; j’ai même connu un pêcheur québécois qui avait eu cette chance.
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Une carpe cuir (sans écailles) (A) et une carpe miroir (B) capturées en France par l’auteur.
En Europe la pêche se pratique de manière très technique en faisant de l’amorçage; ils utilisent des bateaux amorceurs. De plus ils utilisent une diversité d’appâts, tels que des graines, des noix, des arachides, des croquettes, des boulettes, des asticots, des pois chiches, du maïs et différentes autres recettes. Ils utilisent aussi des supports de cannes «rod pod» qui peuvent supporter plusieurs cannes en même temps.
Recettes
Cette espèce est bonne à manger, mais ce n’est pas dans la culture des québécois. J’avoue humblement que je la pêche uniquement pour le plaisir et que je n’en mange pas. Aujourd’hui on peut trouver des recettes facilement en se rendant sur internet; vous n’avez qu’à inscrire dans votre moteur de recherche: recettes de carpe. La chair de la carpe commune est rosée et ferme, mais si vous voulez un conseil éviscérez vos prises au grand air car ce poisson a une odeur particulière. J’avais remarqué ce fait lorsque j’avais naturalisé ma première capture. Voilà une quinzaine d’années j’avais capturé un beau spécimen à Saint-Augustin de Desmaures et alors que je m’apprêtais à la remettre à l’eau la personne qui m’accompagnait m’a demandé de la garder car il voulait la manger. Je lui ai suggéré de l’éviscérer chez moi et de mettre la carcasse dans le conteneur au chemin. Il a décliné mon offre et il l’a éviscéré dans son appartement; ce qui a eu pour résultat que sa conjointe n’a pas voulu en manger en raison de l’odeur. Il semblerait que la carpe peut avoir un goût de vase et si vous voulez enlever ce goût vous devez la faire tremper à plusieurs reprises dans des bains d’eau vinaigrée.
En conclusion
Vous pouvez pratiquer la pêche à la carpe commune en toute simplicité et cette activité est à la portée de tous. Vous pouvez la pratiquer à gué ou en chaloupe et vous n’êtes pas obligé de vous équiper avec du matériel de pêche à prix élevé… Allez-y selon votre choix et faite-le en toute simplicité. De par mon expérience personnelle vous allez en garder des souvenirs mémorables, car c’est un poisson de bonne taille qui offre un combat assuré.
BONNE PÊCHE!
Une belle carpe commune capturée par l’auteur dans la région de Batiscan.